Carnet de Bord, semaine 10

Entre “démagogie” et “pédagogie”, la confusion a atteint son comble ! Lorsqu’aujourd’hui, une réforme est contestée, ce n’est plus qu’elle soit indésirable, injuste ou mal faite, c’est qu’elle serait “mal expliquée”, mal comprise, juste un petit malentendu circonstanciel avec un peuple bienveillant qui ne manquerait pas d’y adhérer dès que l’on aurait pris soin de se mettre à sa hauteur de vue. De ce fait, on envoie ministres et députés s’éparpiller dans la France entière pour expliciter la bonne parole comme de nouveaux apôtres, puis on adresse un note explicative à la presse afin qu’elle aussi sache bien replacer en contexte la complexité de la pensée jupitérienne. On appelle cela, à l’Elysée et dans certains partis politiques, faire de la pédagogie sur le terrain. Non mais, sans blague!!
Revenons plutôt à ce que recouvre ces deux mots afin de mieux comprendre les stratégies qu’ils induisent. En grec ancien, “démos” désigne le peuple, alors que “paidos”, désigne l’enfant, ou “paideia”, l’éducation des enfants. Tout naturellement, la pédagogie devrait donc se définir comme l’art de conduire les enfants vers la connaissance, l’esprit critique et des savoir-faire propres à une bonne réussite personnelle et professionnelle, dans une société qui les attendrait à bras ouverts. Et le démagogue, alors? Ce serait l’individu censé conduire le peuple, non vers la connaissance et la conscience – puisque celui-ci les possède déjà et en a fait preuve en usant de son vote pour choisir son dirigeant ou sa dirigeante-, mais vers une réflexion ordonnée autour des différentes possibilités qui s’offrent à lui, pour créer ou gérer la société équitable dans laquelle il souhaite vivre. Cependant, cette définition idéale n’est plus du tout d’actualité et c’est à ce niveau-là que nous basculons dans une nouvelle dimension. Certains politiques ayant très bien compris, depuis l’Antiquité, que la parole bien ordonnée et suffisamment flatteuse peut avoir l’effet d’une poudre de perlimpinpin qui ferait marcher dans son sillage toute une population hypnotisée, le terme “démagogue” est devenu furieusement péjoratif. Désormais, ce mot désigne donc crûment les procédés de manipulation d’un dirigeant mal intentionné. Plus personne ne veut être “démagogue” et tout le monde prétend être “pédagogue”…y compris le MEDEF qui, dans une campagne diffamatoire sur l’école, s’imagine la supplanter, via la formation continue. Tout le monde s’improvise donc pédagogue aujourd’hui, même les démagogues!
Mais ce tour de passe-passe n’est pas que lexical. Il suppose que l’on dirigerait un peuple, comme l’on conduit un enfant ; il suppose que les opposants soient des imbéciles mal instruits qu’il faudrait remettre dans le droit chemin par une gentille discussion ; il dénie au peuple la capacité de se trouver des solutions viables et sereines en réunion ; il dénie au peuple sa conscience et sa légitimité à se choisir un destin ; il lui dénie aussi son esprit critique qui lui permet de déceler le moment où les promesses de campagne se transforme en lois précarisantes ou coercitives. Quel remède à ce mal que nous subissons? L’horizontalité. Les amants langoureux du dimanche matin se réjouissent déjà d’une telle proposition qu’ils pratiquent depuis longtemps, mais il ne s’agit pas de cette horizontalité-là. L’horizontalité que nous développons et enrichissons de nos pratiques, au M1717 Montpellier Métrople, est strictement politique. Il s’agit d’établir des conditions de réflexions et de prises de paroles, au sein des groupes thématiques, au sein du groupe de communication, et plus particulièrement, au sein du groupe de coordination et d’organisation, qui soient bâties sur une intelligence collective plutôt qu’une décision individuelle. Il s’agit d’abroger les longs discours narcissiques de l’homme providentiel, d’écarter les impératifs doctrinaires de celui ou celle qui a tant fait de politique qu’il arrive pour proposer sa solution, sans écouter celle des autres, sinon d’une oreille condescendante. Il s’agit de s’enrichir mutuellement des propositions, hésitations et recherches de chacun, sans hiérarchie ni préséance, mais avec courtoisie. L’horizontalité, c’est préférer une démarche collective à un destin individuel, c’est troquer l’admiration d’un seul contre une création de groupe, c’est laisser beaucoup de certitudes derrière soi, afin d’acquérir de nouveaux espoirs, liés aux nouvelles idées. Dans l’horizontalité, il y a aussi la recherche de nouveaux horizons, ensemble. C’est ce que notre charte vous propose.

Pour le groupe Communication du M1717 Montpellier Métropole,
Anabelle N.

 

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