Carnet de Bord, semaines 8 et 9

« Puis-je, monsieur, vous proposer mes services, sans risquer d’être importun ? » tels sont les mots qui ouvrent le roman de Camus, La Chute ; telle est l’invitation généreuse que les participants à la première Assemblée générale du groupe M1717 Montpellier Métropole portaient dans leur cœur, le jeudi 07 septembre au soir. Ce fut le grand rendez-vous de cette quinzaine révolue. Les jours qui précédèrent, le Slack (outil numérique d’échange entre les participants) bouillonnait, cabriolait sous la multitude d’idées, de propositions, de doutes, d’échanges et d’inventions des organisateurs. L’idéal d’une avancée collective, respectueuse des idées de chacun, allait prendre corps dans cette réunion, après des semaines de préparation. Nous allions enfin vérifier auprès des participants que sa mise en œuvre, avec de nouvelles méthodes participatives, favoriserait leurs propositions pour une société de sensibilité de gauche, sans sectarisme, capable de réinventer un modèle politique progressiste qui ne s’enfermerait pas dans les querelles partisanes. Agir chacun, à la mesure de ses moyens et dans le respect de l’autre, que ce soit pour la génération présente ou les générations à venir ; préférer les recherches de solutions collectives à la doctrine d’un seul ; se nourrir de l’Histoire passée et des différents idéaux pour en forger de nouveaux en cherchant à ne pas reproduire les crispations d’appareils ; favoriser réellement, par la pratique, un modèle de réunion démocratique et collaboratif…tout le monde en parle, mais assez peu le mettent en œuvre, c’est pourquoi nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes et la volonté des participants.
Et bien, ce fut une soirée à la hauteur de nos espérances. Dans un premier temps, répartis sur une petite dizaine de tables de bistrot, au bar très accueillant Le Dôme, quelques personnes se sont exprimées : des femmes, des hommes, des jeunes et des moins jeunes, de diverses origines géographiques et sociales, sans préjugé et sans cacher leur vulnérabilité. Des hommes et des femmes, dans la simplicité de leurs convictions ! Malgré le nombre d’une cinquantaine de personnes, il a été possible de procéder à une co-construction de la charte, acte de naissance et colonne vertébrale de ce mouvement M1717 Montpellier Métropole. Ceux qui avaient déjà une expérience politique affirmée n’étaient pas les mieux armés, car le fonctionnement collaboratif vise justement à dépasser les anciennes habitudes de parti. Mais ces routards de la politique ne rechignèrent pas du tout à mettre à jour leur logiciel pour participer, à égalité avec les autres, à la construction d’un nouveau projet de gauche incluant les avancées et les idées de l’écologie.
Dans un deuxième temps, les participants réunis par affinité de thèmes ont commencé à élaborer une réflexion, dans la lumière vacillante du soir : entre chien et loup, naviguant entre ce qu’ils connaissaient déjà et ce qu’ils souhaitent améliorer, tâtonnant parfois sur les actions à venir et la nécessité d’approfondir un sujet, s’engageant délibérément sur de nouveaux chemins et s’interrogeant sans détours sur leur utilité au sein du mouvement M1717. Une journaliste présente ce soir là, Enora Ollivier, du quotidien Le Monde, ne s’y est pas trompée en écrivant dans son article paru le 09 septembre 2017, « Des trois heures de réunion ressortent bonnes intentions et plaisir à parler politique. Mais les discussions mettent aussi en lumière des questions de fond «[…] Quel est notre objectif ? A quoi servons-nous ? ». Réfléchir, inventer puis agir, dans le plaisir d’un débat politique respectueux est la marque de notre identité, sans chercher à esquiver la question de notre utilité. Si celle-ci cherche d’abord un enracinement local, ce n’est pas tant par défiance du centralisme parisien qui a coûté cher aux différents partis politiques traditionnels, ou par souci de se démarquer, que par la volonté d’agir en citoyen responsable à un niveau dans lequel notre expérience (et non seulement notre analyse ou notre bulletin de vote) puisse avoir une réelle efficacité.
Là où certains défendent leur parti comme un pré carré, leur leader comme le seul homme de gauche, interdisent à leurs militants de venir à nos assemblées, nous répondons que la vie est bien trop courte pour que nous songions un seul instant à limiter l’expérience et les centres d’intérêt de ceux qui nous y rejoignent. La loyauté et la confiance sont les fondements de la société que nous souhaitons, elles sont les piliers de notre engagement ; autant nous appliquer d’abord à nous-mêmes ce que nous attendons des autres : vous serez toujours libres de venir, de nous fréquenter, de nous quitter, de vous réconcilier avec nous, de nous suivre puis nous oublier, mais la pierre que vous aurez déposée en participant à ce mouvement, nous la conserverons comme un bien précieux, car un homme qui s’engage dans le rêve d’une société meilleure, plus juste et plus respectueuse de l’Homme, est un homme debout.

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